La vie à vélo

Fait comme un rat!

10 jours de confinement. Il faut dire que je suis bien malade depuis 10 jours. Je suis donc calfeutré chez moi, comme toutes les personnes raisonnables, avec femme et enfants et loin de mon vélo. Je pensais être fait comme un rat, alors que…

10 jours de confinement

Ma première impression fut d’être pris au piège, fait comme un rat. En y réfléchissant, je n’avais jamais été en contact direct, à la maison, aussi longtemps avec ma famille. En semaine, c’est la course et le peu de temps qu’il nous reste entre 18h et 20h, cloche de la mise au lit, doit se partager avec la préparation du repas et des vaisselles. Sans parler de la présence parasite des écrans portatifs. Et ce laps de temps est aussi censé me permettre d’entretenir la flamme de mon couple. Il reste les week-ends. Les week-ends sont bourrés d’activités pour chaque membre de la famille (les activités des enfants, les devoirs, les courses, les lessives, le travail, la gueule de bois).  Il ne reste au final que quelques heures de partage le dimanche, dans le meilleur des cas. Les vacances permettent de passer davantage de temps en famille, mais ça ne compte pas vraiment, il s’agit de fugaces parenthèses enchantées que l’on partage aussi, souvent, avec des amis et l’apéro. 

Bref me voilà donc coincé avec ma famille sous le même toit, toute la journée, 7 jours sur 7, avec l’impossibilité de fuir. Sans même les 30 km de vélotaf quotidien pour m’aérer la tête…

“Fait comme un rat” fut mon premier sentiment. Autant dire qu’on n’a pas rigolé les premiers jours. Ça a bien pété à tous les niveaux. Mais, pas le choix, c’est une question de survie, nous sommes condamnés à trouver le moyen de vivre ensemble, en harmonie. 

Au fil de jour les tensions furent plus gérables et chacun trouve progressivement ses marques et le moyen de supporter l’autre. Oh bien entendu il y a encore du chemin à parcourir, mais ce fichu virus va nous donner le temps pour cela.  Et finalement, tant mieux. Il aura fallu une catastrophe mondiale pour obliger l’homme occidental névrosé, dont je suis un bel échantillon, à s’arrêter. A arrêter sa fuite en avant, la fuite tout court. A repenser son rapport aux autres et au monde. A faire vaciller ses certitudes. Nous voilà fait comme des rats, impossible de fuir la houle provoquée par des rapports humains trop longtemps négligés que la promiscuité forcée nous oblige à affronter. 

Ce n’est que le début. Pour l’instant nous sommes dans une sorte d’effervescence digitale. On est pris dans la toile de groupes whatsapp, messenger où les vannes et les photos de verres de vin s’échangent.. Mais quand ce flux va s’essouffler, nous serons seuls face à nous même. C’est déjà d’ailleurs le cas, ce sont les mêmes vannes qui reviennent, les mêmes chanteurs italiens aux balcons… 

Et après le confinement?

Comment allons nous reprendre la course quand les drapeaux à damier vont s’agiter ? Allons nous encore abreuver nos moteurs comme avant ? Allons nous encore suivre les sillons tracés dans le tarmac par les zombies qui nous ont précédés ? Allons nous pouvoir continuer à faire semblant après ce que nous avons vécu ? J’aime à croire que le monde sera différent.. L’économie sera à rebâtir. Les liens sociaux seront à retisser. Allons nous tous tirer les leçons de ce que nous avons vécu pour profiter de cet avertissement de mère nature pour nous remettre en question? Après la grande peste du 14ème siècle, qui emporta la moitié des européens, les survivants refusèrent la servitude, c’est tout le système des valeurs féodales qui avait été bouleversé.  

Pour ma part, ma grille de lecture du monde aura été  transformée. Je ne sais pas encore à quel point. Il me manque le recul nécessaire, mais j’ai le sentiment de vivre un épisode déterminant de ma vie d’homme. Ce que je peux déjà affirmer, c’est que dorénavant, j’espère que je n’aurai plus jamais besoin de fuir,  et que j’aurai appris à vivre en paix avec les miens.

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